Il y a 15 ans, numéro spécial de la Jaune et la Rouge, avec Jacques Goldberg

Il y a quinze ans de cela, la Jaune et la Rouge consacrait un numéro spécial à Israel. Nous avons demandé aux auteurs des articles qui composaient ce numéro spécial de revenir sur cette expérience, au travers d’une courte interview publiée sur notre blog.

la jaune et la rouge - numero special israel - 1998

Après Olivier Herz, retrouvons Jacques Goldberg qui avait également participé au numéro spécial Israel de La jaune et la rouge.


1- Il y a 15 ans, tu écrivais un article dans le numéro 537 de la J&R. Quel regard portes-tu sur les évolutions d’Israel sur 15 dernières années?

Mon article portait sur la participation d’Israel au CERN. Au plan scientifique les connaissances ont beaucoup avancé et nous y avons honorablement pris part, avec l’expérience ATLAS au collisionneur LHC mettant en évidence l’existence du boson de Higgs, et l’expérience OPERA avec le faisceau de neutrinos de plus de 3000km vers le Gran Sasso établissant de manière positive la masse non nulle du neutrino par l’observation de transition entre variétés différentes , suggérée plus tôt par l’absence d’un signal interprétée comme pouvant découler d’une valeur non nulle de la masse. J’ai eu la chance de vivre la publication de notre résultat répondant à la dernière question de la composition donnée par André Lagarrigue le 16 janvier 1957. Au plan général, Israel est devenu état-membre et contrairement au pronostic de Bernard Grégory, rejetant cette idée en 1966, cela n’a pas entrainé l’importation au CERN du conflit du Moyen-Orient

2- Si tu devais réécrire un tel article aujourd’hui, sur quel sujet te pencherais-tu, et pourquoi?

Le même, parce qu’il est toute ma vie, depuis ce fameux 16 janvier 1957.

3- Qu’est-ce qui caractérise Israël d’un point de vue scientifique ou technologique?

L’enthousiasme avec lequel les chercheurs universitaires construisent et poussent les collaborations, le travail en commun, avec le monde des réalités; l’inventivité débordante et l’ingéniosité des solutions face aux besoins ou filons mal définis; l’absence de toute gêne à poser et se poser des questions, et la pratique saine et constante de la remise en question et de l’autocritique.

4- Quels sont de ton point de vue les meilleures chances de collaboration scientifique ou industrielle entre la France et Israël?

Ai-je le droit de rêver ? Que les français apprennent l’hébreu et les israéliens le français, au lieu de passer leur temps à s’ignorer autrement qu’en prêtant attention aux commentateurs sévissant parmi les medias.

Je ne résiste pas à la tentation de présenter la dernière grande invention israélienne en matière de hi-tech: sans doute avant l’introduction en Israel, dans les carrefours urbains très encombrés, de caméras vidéo comprimant à zéro les coûts d’emploi grâce à l’impression, la distribution, et l’encaissement des procès verbaux de stationnement interdit, le hi-tech français avait sans doute joué un rôle de pionnier avec les radars autoroutiers. La dernière invention rend très certainement imbattable. Les chauffeurs de taxi d’abord, le grand public après une courte période d’étonnement, ont inventé une main hi-tech faite de cinq doigts, droite de préférence pour éviter les pincements, soulevant délicatement la porte de malle arrière aussi connue comme hayon, rendant invisible la plaque d’immatriculation. Imbattables, ces israéliens.

5- Que conseillerais-tu à un jeune polytechnicien qui souhaiterait découvrir Israël pour le première fois?

De s’offrir un billet aller et retour sans intention d’employer le coupon retour dans son délai de validité: ça revient moins cher qu’un aller simple. Et de ne pas ignorer le devoir de camaraderie de l’ancien envers le jeune, inscrit au code X mais inconnu des jeunes à en juger par mon expérience personnelle.

6- Et à un jeune israélien qui s’intéresserait à l’Ecole Polytechnique?

De commencer à s’y intéresser dès le jardin d’enfant. Et pour l’y encourager, lui proposer un jeu d’ordinateur ou de soldats de plomb aux personnages habillés de noir, bicorne, tricorne, épée.
Ou, plus sérieusement, de former un noyau à 4 au moins et de tenter une expérience d’un semestre ou d’une année, après avoir été exposé par film par exemple aux séductions touristiques du plateau de Saclay et ses faubourgs.

A propos de Herve Kabla

Directeur général de l'agence Be Angels, blogueur sur hervekabla.com et auteur des livres Les médias sociaux expliqués à mon boss et Médias sociaux et B2B, Hervé collabore également au site SiliconWadi.fr..

2 commentaires à propos de “Il y a 15 ans, numéro spécial de la Jaune et la Rouge, avec Jacques Goldberg

  1. Bonjour ! en 1979 je suis parti pour un mois au Technion avec mon meilleur copain. Jacques Goldberg invitait chaque année quelques X. Le Technion était un campus assez fabuleux, une université à l’américaine branchée sur un site méditerranéen dans une ville magnifique. Des logements d’étudiants super-bien conçus (grands appartements avec chambres individuelles donnant sur les espaces partagés), des élèves déjà geeks et néanmoins sympas. Beaucoup d’étudiants en computer science et en électronique qui devaient préparer toutes les start-up israéliennes des années 80/90 ! Goldberg dès notre arrivée nous a passé un article de physique des solides à lire et nous a dit, prenez ceci, car c’est mon article, et partez découvrir le pays, ses plages et ses habitants car c’est une occasion unique ! Il y avait un copain de la 77 (aujourd’hui célèbre banquier) qui a découvert au Technion son premier micro-ordinateur: le PET de Commodore : il était tellement passionné qu’il a dû passer son séjour à programmer des solutions de son modèle (phys. stat., equ. de Schroedinger ) dessus ! (nous, on était moins sérieux, on est parti pour la Mer Morte, le Néguev, le Sinaï etc.)

  2. Le Professeur Jacques Goldberg, avec le Pr Roland Weill, m’ont accueilli comme stagiaire des Mines de Paris au Technion en été 1978. Expérience inoubliable notamment par la qualité, la simplicité et l’affabilité de ces grands messieurs, cotamment eu égard à leurs titres.
    J’ai revu le Pr Goldberg an 1980 pendant mes études à Stanford USA. Puis, il est venu prendre un café chez moi à Paris en 1987.
    Je ne l’avais pas vu donc depuis près de 30 ans.
    Dans la rue ce soir du 25 avril 2016, je marche dans un sens et un couple dans l’autre sens. En moins d’1/10 de secondes il me semble reconnaitre ce regard si brillant et gentil. Je repars en arrière me croyant dingue et je leur demande (ils sont de dos) « parlez vous français ? » « oui, tout à fait ». De face il me semble que mon intuition se confirme et je continue (donc 30 ans après !!!) « seriez vous le Pr Goldberg » « absolument ! »
    Je l’embrasse et nous avons une conversation passionnante qui devra se poursuivre. Mais quel bonheur de retrouver une telle figure de la physique israélienne et si aimable de surcroit.
    NB : il est toujours en activité, dans une start-up (à … 78 ans !!!) et il n’avait que peu changé physiquement depuis 30 ans.

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